Voici ce qu’en disait Thérèse de Dilmont dans l’Encyclopédie des Ouvrages de Dames :
Autrefois le genre de broderie que nous allons décrire n'était connu que sous le nom de « broderie de blanc ».
Cette dénomination n'est plus tout à fait exacte de nos jours, où ce travail se fait aussi bien avec des fils de couleur qu'avec des fils a blancs ;
aussi emploierons-nous pour ce genre d'ouvrage la désignation plus correcte de « broderie sur blanc ».
La broderie sur blanc s'emploie exclusivement pour la garniture de la lingerie et des objets de toilette.
Selon le mode d'exécution, on en distingue différents genres.
Nous commencerons par nous occuper du plus simple, qui est la broderie en relief au point de feston et au plumetis;
nous parlerons ensuite de la broderie genre suisse avec ses fonds à jour 1 des broderies Madère,
Renaissance et Richelieu avec leurs dessins fortement ajourés, puis de la broderie vénitienne,
imitation des dentelles de Venise, qui peut être considérée comme la partie la plus artistique de la broderie sur blanc.
A la fin de ce chapitre, nous présenterons encore à notre lectrice un genre de broderie danoise, connu sous le nom de « Hedebo »,
ainsi que la broderie « Piqué», laquelle, dans le dernier siècle, était beaucoup employée comme garniture de lingerie et de robes.
Cette définition proposée par Thérèse de Dilmont est une première approche de ce que peut être ce type de broderie.
En replaçant la broderie blanche dans notre époque elle est avant tout liée au linge que brodaient nos grands-mères pour préparer les trousseaux
de leurs filles ou petites filles.
Les différentes variations citées par Thérèse de Dilmont dans son ouvrage n’évoquent souvent pas grand-chose pour les brodeuses de notre génération.
Qui de nos jours maitrise l’Hédebo ou la broderie renaissance ? Surement peu d’entre nous.
C’est pour cela qu’il m’a semblé important de faire perduré cette connaissance.
Les ouvrages traitant des origines de la broderie sur blanc sont nombreux et souvent très bien référencés,
plutôt que de reprendre ce qui se dit en détails dans ces ouvrages je préfère vous faire un résumé (non exhaustif) de ce qu’il est important de savoir.
A vous ensuite de vous renseigner plus avant si comme moi vous êtes passionnée par l’histoire de votre passion
(si l’on accepte l’idée que la broderie soit votre passion).
Historiquement et Socialement
La broderie est une des premières formes d’ornementation connue dans le monde. Cela remonte à la nuit des temps.
La broderie sur blanc contrairement à d’autres types d’ornementations était utilisée autant par les classes sociales les plus riches que par les classes
sociales les plus pauvres.
C’est au quinzième siècle que cette broderie c’est répandue en Europe, l’on prête à Isabeau de Bavière son introduction à la cour Française.
Les premiers recueils de broderie apparurent en Italie à peu prés à cette époque.
La Vierge Marie est la sainte patronne des Lingères … le rapport avec le blanc de la broderie est certainement du au dogme de l’immaculé conception,
c’est ainsi que cette tradition du blanc « religieux » va se déplacer au blanc du trousseau brodé pour la jeune fille en âge de se marier.
La transmission de cet art se faisait le plus souvent de « mères à filles » la broderie du trousseau occupant la jeune fille jusqu’au mariage,
mariage qui marquait la fin de l’éducation pour la jeune fille.
La broderie sur blanc était une ornementation utile en effet elle servait principalement à marquer le linge et donc à retrouver
le linge lors des lessives au lavoir.
En parlant de lavoir il est étonnant d’apprendre que l’lorsque l’on parle de broderie blanche à l’origine elle était plutôt beige en effet
le lin avec lequel on brodait (le coton ne fit son apparition en Europe que tard dans l’histoire) la broderie semblait plutôt beige.
Pour obtenir ce blanc « virginal » les techniques n’ont pas manqué d’apparaitre et avec elles toutes l’industrialisation liée à cette blancheur.
L’industrialisation et la création du commerce à distance ont rendus obsolète cette pratique de broderie sur blanc par les femmes du moins tant que
la technique n’était pas pratiquée professionnellement.
De blanc sur blanc la broderie blanche à pris de la couleur au début du 20ième siècle.
Lorsque l’on brode autrement qu’en blanc sur blanc on parle de Broderie sur Blanc.
Techniquement
Si vous lisez ces pages c’est surement que vous rêver de broder votre monogramme tel que ceux que vous avez pu voir sur le linge ancien.
Pour être très honnête avec vous sans ménagement je vous dirai de ne pas rêver.
Si la technique est simple elle demande énormément de pratique avant d’être maitrisée !
Oubliez donc l’idée de broder après quelques heures seulement d’entrainement un somptueux monogramme façon « Trousseau Ancien ».
Cependant si cette envie vous tient à cœur vous allez pouvoir patiemment prendre les bases qui vous amèneront à broder aussi bien sur du lin grossier
que sur un linon fin digne d’une princesse, les lettres les plus travaillées dont vous pourriez rêver.
La broderie blanche ne fait appel qu’a peu de points, ce sont ces points combinés harmonieusement qui donneront toutes la richesse de votre broderie.
Contrairement au point de croix ou l’on compte chacun des fils, la broderie blanche permet une plus grande liberté et se prête à toutes les fantaisies
(j’insiste … une plus grande liberté lorsque l’on maitrise les points de base)
La règle que vous ne devez jamais perdre de vue est que pour obtenir un bel ouvrage il faut de la patience et de la persévérance.
La technique est abordable par toutes, le résultat sera toujours fonction du temps que vous vous donnerez par apprendre cette technique.
Le Matériel :
Il est simple !
Ciseaux, fils, aiguilles, toiles … un peu de papier calque, un motif à reproduire.
Le tambour, nous en reparlerons au fil des pages à venir, il peut être indispensable comme ne pas être nécessaire, tout dépend du point et du motif !
En écrivant cela je sais que je vais soulever des cris d’indignation, je laisserai donc s’indigner celles qui le souhaitent ….
Je conseillerai aux brodeuses désirant suivre les « conseils » que je donne de faire leur propre expérience, rien ne vaut le vécu dans ce domaine.
Le dé ….
Comme pour le tambour nous en reparlerons !
Je ne sais pas travailler sans mon dé mais je connais des brodeuses dont les ouvrages sont foudroyants de perfection qui ne savent pas ce qu’est un dé !
Là aussi l’expérience parlera !
Nous reviendrons plus en détails suivant les ateliers, sur les toiles et les fils à utiliser en fonction du motif ou du point proposé.
Note Importante : Quoique l’on vous dise, quoique l’on essaye de vous enseigner n’oubliez jamais qu’en broderie la notion de plaisir est toujours
plus importante que la notion de perfection.
Si vous arrivez à lier les deux vous serez une brodeuse comblée.
Si vous négligez l’un pour favorisez l’autre vous perdrez ce qui est le plus important : La Passion.